ACTUALITÉS
Journée internationale des femmes : des filles construisent un avenir plus sain en Afrique subsaharienne
16 mars 2026
« Quand je viens dans l’espace sûr, je me sens en confiance. J’ai appris que ma place est aussi à l’école et que mon avenir est important. Mon rêve est de devenir enseignante pour aider d’autres filles à apprendre et à réussir. Je veux continuer mes études et aller aussi loin que possible. »
À Moussoro, une ville située dans la province du Bahr El Gazal au Tchad, Nadège Nemercie retrouve chaque semaine d’autres adolescentes dans un petit groupe appelé espace sûr. Elles s’y réunissent avec une mentore pour parler de leur vie, de leur santé et de leurs projets d’avenir.
Pour de nombreuses filles en Afrique subsaharienne, ces conversations peuvent faire une différence décisive. La pression sociale, les mariages précoces et l’accès limité aux informations sur la santé reproductive conduisent souvent les filles à quitter l’école tôt et à devenir mères alors qu’elles sont encore adolescentes — une situation qui accroît les risques pour la santé des jeunes mères et de leurs bébés.
Le père de Nadège, Abdoulaye Adoum, explique que les discussions communautaires l’ont amené à reconsidérer certaines idées profondément ancrées sur l’éducation des filles et le mariage précoce.
« Dans notre communauté, les coutumes et les traditions sont très importantes. Pendant longtemps, nous pensions que certaines pratiques étaient normales. Mais grâce aux discussions, j’ai compris qu’éduquer et protéger les filles ne va pas à l’encontre de nos valeurs — bien au contraire. Aujourd’hui, je m’engage à soutenir ma fille pour qu’elle poursuive ses études et qu’elle ait un avenir meilleur. Respecter nos traditions signifie aussi garantir l’avenir de nos enfants, filles comme garçons. »
À travers le Sahel, des milliers de filles comme Nadège participent à des groupes similaires soutenus par le projet SWEDD+ (Autonomisation des femmes et dividende démographique en Afrique subsaharienne Plus). L’initiative est aujourd’hui mise en œuvre au Burkina Faso, au Tchad, en Gambie, en Mauritanie, au Mali, au Sénégal et au Togo, où elle travaille avec les gouvernements et les communautés pour soutenir les adolescentes, élargir l’accès aux services de santé reproductive et améliorer la santé maternelle.
Au cœur de cette approche se trouvent les espaces sûrs pour les adolescentes, où des mentores formées animent des sessions permettant aux filles d’acquérir des connaissances sur la prévention des grossesses précoces, la planification familiale et l’espacement des naissances, tout en développant des compétences en entrepreneuriat et en gestion financière.
La mentore Himane Tahaa, qui anime ces sessions au Tchad, affirme que l’impact de ces espaces est visible.
« Être mentore dans un espace sûr, c’est accompagner les filles au quotidien, les écouter et les aider à croire en elles. Ici, elles trouvent un lieu où elles peuvent s’exprimer librement, apprendre et réfléchir à leur avenir », explique-t-elle. « Aujourd’hui, je vois les effets concrets de ces espaces. Mais dans notre province, les besoins restent immenses. Nous avons besoin de davantage d’espaces sûrs, car leur nombre actuel ne suffit pas à répondre aux besoins de toutes les filles.»
Au-delà de l’éducation aux compétences de vie pour les filles, SWEDD+ soutient également les services de santé maternelle et la planification familiale, en particulier dans les zones rurales. Le programme forme des sages-femmes, renforce les chaînes d’approvisionnement en produits de santé reproductive et travaille avec les communautés pour promouvoir l’espacement des naissances, contribuant ainsi à réduire les risques liés aux grossesses rapprochées.
L’engagement communautaire constitue également un pilier essentiel. Au Burkina Faso, des initiatives comme les Clubs des maris rassemblent les hommes pour discuter des responsabilités partagées et de l’importance de soutenir la santé des femmes et l’éducation des filles. En Mauritanie, des leaders religieux sont également mobilisés pour promouvoir l’éducation des filles et la planification familiale responsable, afin de s’assurer que les messages sur la santé des femmes trouvent un écho au sein des communautés.
Dans l’ensemble de la région, les programmes SWEDD et SWEDD+ sont passés de six pays à leur lancement en 2015 à une initiative régionale plus large, soutenant les gouvernements dans leurs investissements en faveur des adolescentes.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, des histoires comme celle de Nadège illustrent un changement plus large à l’œuvre dans le Sahel. Grâce au soutien de leurs familles, de leurs mentores et de leurs communautés, de plus en plus de filles restent à l’école plus longtemps, évitent les mariages précoces, accèdent à des informations essentielles sur leur santé et se préparent à des avenirs que les générations précédentes de filles avaient rarement l’occasion d’imaginer.
