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Une nouvelle étude retrace une décennie de transformations dans la vie des femmes et des filles en Afrique de l’Ouest
25 août 2026
Du maintien des filles à l’école à la planification des grossesses, en passant par les décisions concernant le mariage et l’accès à un revenu, une étude régionale retrace les transformations dans la vie des femmes et des filles et en tire des enseignements essentiels pour la prochaine phase du projet SWEDD.
DAKAR - Que faut-il pour changer le cours de la vie d’une fille ?
Un kit scolaire ou une bourse peut l’aider à rester à l’école. Mais cela peut ne pas suffire si elle subit des pressions pour se marier, fait face à une grossesse non désirée, assume des responsabilités domestiques non rémunérées ou rencontre l’opposition de son entourage. De même, accorder à une femme un financement pour lancer une activité peut lui ouvrir de nouvelles perspectives, mais une autonomie économique durable exige souvent un accompagnement continu, un accès aux marchés ainsi que le soutien de sa famille et de sa communauté.
Tels sont quelques-uns des enseignements d’une étude régionale qui examine près d’une décennie de transformations dans la vie des femmes et des filles ayant participé au Projet d’autonomisation des femmes et de dividende démographique au Sahel, connu sous le nom de SWEDD.
Financé par la Banque mondiale, le projet SWEDD aide les gouvernements participants à élargir les perspectives offertes aux femmes et aux adolescentes dans le Sahel. L’UNFPA fournit une assistance technique à chaque pays participant afin d’aider les institutions nationales à concevoir et à mettre en œuvre des interventions dans des domaines tels que l’éducation des filles, l’autonomisation des femmes, la santé reproductive ainsi que la prévention des violences basées sur le genre et des pratiques néfastes.
Commanditée par l’UNFPA, cette étude est l’une des plus importantes études biographiques jamais consacrées aux bénéficiaires d’un programme d’autonomisation des filles dans le Sahel. Elle a suivi l’évolution de femmes et de filles au fil du temps, en interrogeant environ 1 600 bénéficiaires dans chacun des six pays concernés — Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad — ainsi que des membres de leur ménage. La recherche a combiné une enquête biographique auprès des ménages avec plus de 125 entretiens qualitatifs, discussions de groupe et récits personnels afin d’analyser les changements intervenus dans l’éducation, les choix reproductifs, le mariage, les moyens de subsistance et les relations des participantes.
Les résultats font état d’avancées importantes. Davantage de femmes ont déclaré planifier leurs grossesses, plus de filles sont restées scolarisées et davantage de femmes ont indiqué avoir leur mot à dire dans les décisions concernant leur mariage. Les revenus générés par les femmes ont aidé les familles à financer l’alimentation, les soins de santé et l’éducation, tandis que certains hommes ont expliqué avoir changé leur manière de communiquer avec leur épouse et de la soutenir.
L’étude montre également que les transformations sociales suivent rarement une trajectoire linéaire. Les progrès ont varié selon les pays et les communautés, certains acquis économiques se sont révélés plus difficiles à maintenir dans le temps et des pratiques profondément ancrées, telles que le mariage d’enfants, ont persisté dans certaines régions.
Pour les pays participants, l’UNFPA et les partenaires engagés dans le nouveau projet SWEDD+, ces avancées, conjuguées aux défis qui subsistent, fournissent des données précieuses pour renforcer la phase actuelle du programme.
Les principaux résultats en bref
- Les grossesses planifiées ont augmenté de 5 points de pourcentage en moyenne dans les six pays étudiés, tandis que les grossesses chez les adolescentes ont diminué de 4 points.
- Au Tchad, la connaissance des méthodes contraceptives a été multipliée par six parmi les participantes au programme.
- Dans tous les pays étudiés, davantage de femmes ont déclaré avoir décidé elles-mêmes de se marier. En Mauritanie, leur proportion est passée de 45,8 à 63 %.
- Le consentement au mariage a sensiblement progressé, notamment au Mali, où il est passé d’environ 74 à 91 %.
- Parmi les filles soutenues par le programme, le taux de maintien à l’école a atteint 97,9 % en Côte d’Ivoire et 94,9 % au Tchad.
- Les femmes ont investi les revenus de leur activité dans leur famille : 68 % ont contribué aux dépenses alimentaires, 54 % aux soins de santé et 33 % à l’éducation de leurs enfants.
- Au Burkina Faso, les femmes dont le mari participait à un club des maris ont signalé beaucoup moins de violences psychologiques : 15,5 %, contre 50 % parmi celles dont le mari n’y participait pas.
- Les progrès sont restés inégaux : le taux d’achèvement du cycle secondaire variait de 19,3 à 77,6 %, tandis que la pérennité des entreprises dirigées par des femmes a diminué dans plusieurs pays.
Une plus grande maîtrise de leurs choix reproductifs
Certaines des avancées les plus nettes concernent la santé reproductive et la prise de décision. Dans les six pays étudiés, la proportion de femmes déclarant que leur grossesse avait été planifiée a augmenté de 5 points de pourcentage en moyenne. La proportion d’adolescentes ayant connu une grossesse a, quant à elle, diminué de 4 points au cours de la période étudiée.
Au Tchad, la connaissance des méthodes contraceptives a été multipliée par six parmi les participantes au programme. La possibilité d’accéder à l’information et de prendre des décisions concernant une grossesse peut influer sur de nombreux autres aspects de la vie d’une femme, de sa santé et son éducation à sa capacité de générer un revenu et de participer aux décisions familiales. Ces résultats soulignent donc l’importance de ne pas considérer la santé sexuelle et reproductive comme un domaine d’intervention isolé, mais comme une composante d’une approche plus large de l’autonomie des femmes et des filles.
Une voix plus forte dans les décisions concernant le mariage
L’étude a également relevé des changements dans la participation des femmes et des filles aux décisions concernant le mariage. Dans chacun des pays étudiés, la proportion de participantes déclarant avoir pris elles-mêmes la décision de se marier était plus élevée à la fin de la période d’étude qu’à son commencement.
La plus forte progression a été enregistrée en Mauritanie, où cette proportion est passée de 45,8 à 63 %. Le consentement au mariage a également augmenté dans presque tous les pays. Au Mali, il est passé d’environ 74 à près de 91 %.
Ces résultats montrent que le changement est possible, même dans des domaines profondément marqués par des normes sociales et familiales anciennes. Parallèlement, le mariage d’enfants est resté fréquent parmi certaines participantes au programme, notamment au Tchad et au Niger. Cela montre que l’information et le soutien apportés aux filles doivent s’accompagner d’un engagement durable auprès des parents, des hommes, des responsables communautaires et des institutions.
Rester à l’école, au-delà de la simple inscription
Le maintien à l’école des filles soutenues par le projet SWEDD est resté élevé dans plusieurs pays. En 2024, il atteignait 97,9 % en Côte d’Ivoire et 94,9 % au Tchad. L’étude a constaté que les filles bénéficiaient davantage du soutien lorsque plusieurs formes d’assistance — telles que les kits scolaires, les bourses et le tutorat — étaient combinées plutôt que proposées séparément.
Pour une participante désignée dans l’étude sous le code E4, ce soutien lui a permis de continuer à envisager des études universitaires. « Si je n’avais pas bénéficié de ce projet, j’aurais peut-être abandonné l’école ou rencontré des difficultés pour obtenir la moyenne en classe », a-t-elle expliqué. « C’est grâce au projet que je poursuis encore mes études, car pour aller à l’université, il faut avoir le baccalauréat. »
La recherche établit toutefois une distinction entre rester inscrit à l’école et achever ses études secondaires. Les taux d’achèvement variaient considérablement, allant de 77,6 % au Mali à 19,3 % au Niger. Les chercheurs ont relevé que certaines filles avaient intégré le programme trop tard au cours de la période étudiée pour avoir pu achever l’intégralité du cycle secondaire en 2024.
D’autres continuaient de subir des pressions en dehors de l’école. Une participante désignée sous les initiales C.N. a souligné l’importance de l’enseignement reçu dans un espace sûr sur les compétences de vie et l’hygiène, mais elle a également expliqué comment ses responsabilités domestiques affectaient ses études.
« Les choses sont un peu compliquées chez moi, dans ma famille », a-t-elle confié. « Je travaille beaucoup le soir après l’école. J’ai du mal à me concentrer. »
Son expérience montre qu’aider une fille à s’inscrire à l’école ne représente qu’une partie du défi. Ce qui se passe au sein de son foyer et de sa communauté peut, en définitive, déterminer si elle sera en mesure d’apprendre, de progresser et d’achever ses études.
Quand les femmes gagnent un revenu, toute la famille en bénéficie
Le soutien économique a également fait évoluer le rôle joué par certaines femmes au sein de leur ménage. Parmi les participantes exerçant une activité économique, 68 % utilisaient leurs revenus pour contribuer aux dépenses alimentaires, 54 % aux soins de santé et 33 % à l’éducation de leurs enfants.
La pérennisation de ces activités s’est néanmoins révélée difficile. Dans de nombreux pays, le nombre d’entreprises toujours en activité a commencé à diminuer après la deuxième ou la troisième année. En 2024, le Mali enregistrait le taux de pérennité le plus élevé, à 83 %. Au Tchad, environ 30 % des entreprises fonctionnaient encore au terme de la huitième année.
La plupart des participantes qui poursuivaient leur activité gagnaient moins de 25 000 francs CFA par mois, soit environ 44 dollars. Ces résultats indiquent qu’aider une femme à créer une entreprise peut lui ouvrir de nouvelles perspectives, mais qu’une autonomie économique durable peut nécessiter un accompagnement à plus long terme, comprenant notamment des formations, du mentorat, un accès au financement et des liens plus solides avec les marchés.
Le changement au sein du foyer
Les programmes destinés aux maris et futurs maris ont produit certains des résultats les plus marquants de l’étude.
Au Burkina Faso, les femmes dont le mari avait participé à un club des maris étaient nettement moins susceptibles de signaler des violences psychologiques que celles dont le mari n’y avait pas participé : 15,5 %, contre 50 %.
Une femme a décrit un changement concret dans son couple : « Avant, quand il voulait me parler, il criait. Mais depuis qu’il fréquente le club, notre manière de communiquer a changé : maintenant, il me parle doucement. »
Une autre participante a toutefois déclaré que la participation de son mari n’avait entraîné aucun changement visible : « Honnêtement, en ce qui me concerne, rien n’a changé, même s’il a participé au programme proposé par le club des maris. Il n’a pas changé. »
Ces expériences illustrent toute la complexité de la transformation des normes sociales. L’étude a constaté que les jeunes hommes étaient généralement plus disposés que les hommes plus âgés à faire évoluer leurs attitudes et leurs comportements. Certains participants ont également indiqué avoir été raillés par leurs pairs en raison de leur adhésion aux clubs, ce qui témoigne des pressions sociales auxquelles les hommes eux-mêmes peuvent être confrontés lorsqu’ils s’écartent des normes de genre établies.
Les résultats suggèrent que la mobilisation des hommes avant le mariage, parallèlement à la poursuite du travail avec les maris, les familles et les communautés, pourrait créer des bases plus solides pour un changement durable.
Lire le rapport: Étude régionale sur les transformations économiques et sociales dans la vie des adolescentes, des filles et des femmes participant au projet SWEDD (2015-2020) au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Mauritanie, au Niger Juin 2025.









